lundi 13 mars 2017

Le miel et les abeilles


















10 mars 2017. Au cœur du festival In Extremis du Théâtre Garonne, "We don't speak to be understood" (photo) déroule l’intégralité des "Quatre saisons" d’Antonio Vivaldi dans une version réjouissante. Associés pour cette création, ce duo d’artistes m’apparaît d’abord comme un couple de clowns jouant des contrastes de leur silhouette: le performeur Benjamin Verdonck est grand, mince et glabre, le danseur et chorégraphe Pieter Ampe est petit, barbu et chevelu. Le grand plateau est parsemé de quelques éléments disparates et très ordinaires: un réfrigérateur, une table, une chaise, un escabeau, un sapin, un grille-pain, etc. J’assiste à la mue des clowns en performeurs libérés de tout complexe lorsque Benjamin Verdonck, tête renversée, verse dans son gosier un flot ininterrompu de miel, avant d’en transvaser une partie non ingurgitée dans la bouche de son partenaire. Je m’amuse de voir ce dernier recracher délicatement ce miel sur une table et de s’y frotter le visage, barbe comprise. Je suis frappé par la délicatesse de cette chorégraphie minutieusement rythmée par le chef-d’œuvre de Vivaldi dont l’écoute me procure un bien-être irrésistible. Je me délecte de la poésie à la fois débridée et minimaliste de cette création modeste mais néanmoins inventive. Une fois les quatre Concertos pour violon terminés, j’explose en éclats de rire pendant la scène de la décoration du sapin de Noël sur la chanson "We are the World". Mon enthousiasme se tasse devant  "Apocalypse", création interprétée par Sarah Le Picard et Nans Laborde-Jourdaa, revisitant le tournage d'"Apocalypse Now" - tel qu’il est relaté par la femme du cinéaste Francis Ford Coppola et dans le documentaire qui capte les coulisses du tournage. L’absence de véritable point de vue et le déficit dramaturgique en font un spectacle quasiment transparent. Assis au premier rang, j’attends gentiment que la fin donne le signal du départ. Dans le hall du Théâtre Garonne, Pieter Ampe m’annonce que la version des "Quatre saisons" d’Antonio Vivaldi choisie pour le spectacle "We don't speak to be understood" est celle du Concentus Musicus Wien dirigé par Nikolaus Harnoncourt. Je me perds dans la douceur du bleu de ses yeux pendant qu’il me raconte comment s’est imposé le choix de cette version si poétique, où il entend le bourdonnement des abeilles.

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