vendredi 18 octobre 2013

Viva Maria


















18 octobre 2013. La fin du festival international Toulouse Les Orgues approche. Ramassée en une dizaine de jours et conçue par l’organiste Michel Bouvard, cette édition se révèle aussi fructueuse à vivre que le laissait pressentir la lecture du programme. Abrité par les plus beaux sites architecturaux de la ville, chaque concert m’a nourri de découvertes stimulantes, en particulier dans le répertoire de musiques sacrées. L’église des Jacobins accueillait ainsi l’ensemble espagnol Tasto Solo pour la restitution sur des instruments gothiques de partitions du XVe siècle tirées du plus ancien recueil manuscrit de musique d’orgue, l’imposant "Buxheimer Orgelbuch" issue du Sud de l’Allemagne. Intitulé "Das Salve", le programme choisi témoignait de l’expansion en Europe de la pratique de chants dédiés à la Vierge à cette époque. Un répertoire d’un minimalisme si subtil qu’il parait aujourd’hui inaccessible. D’abord déconcerté par la longue introduction instrumentale nécessitant une écoute attentive, je fus vite ébloui par l’irruption des voix de soprano de Barbara Zanichelli et Annie Dufresne. La pureté de leur timbre s’épanouissait avec une clarté infinie au cœur d’une liturgie mariale limpide et délicate. L’église du musée des Augustins donnait à entendre la "Messe de l’Homme armé" de Pierre de la Rue, interprétée par l’ensemble de cuivres anciens de Toulouse Les Sacqueboutiers et l’Ensemble Clément Janequin dirigé par le contre-ténor Dominique Visse. Le thème musical de "l’Homme armé" était également confronté aux versions d’autres compositeurs de la Renaissance: Guillaume Dufay, Josquin Desprez, Antoine Busnois, Johannes Ockeghem. Le chœur basque espagnol Conductus était installé dans la basilique Notre-Dame de la Daurade pour donner "Un Requiem allemand" de Brahms, avec orgue et piano à quatre mains. Une œuvre servie dans toute sa splendeur par les pianistes Maciej Pikulski et Javier Gonzáles Sarmiento, l’organiste Esteban Landart, le soprano Miren Urbieta et la basse Jesús García Aréjula. Si la version orchestrale m’avait parue parfois laborieuse dans l’interprétation de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse entendue à la Halle aux Grains, j’étais aussitôt conquis par cette «version de Londres» dont la première interprétation date de 1871. D’une ampleur plus modeste, elle m’apparut d’une profondeur généreuse et évidente.
Ce soir, l’église Saint-Pierre-des-Chartreux réunit l’organiste Michel Bouvard et l’Orchestre baroque de Montauban Les Passions pour un programme d’œuvres du Grand Siècle français. En jouant l’hymne «Ave Maris Stella» à la tribune de l’orgue baroque, avec plain-chant alterné, Michel Bouvard célèbre le 450e anniversaire de la naissance de Jehan Titelouze, père fondateur de la musique d’orgue française. Il interprète également des pièces de compositeurs du XVIIe siècle : Guillaume Nivers, Henri Du Mont et Nicolas de Grigny. Quant à l’orchestre baroque de Montauban Les Passions, dirigé par son fondateur Jean-Marc Andrieu, il offre enfin à Toulouse le concert des motets pour trois voix d’hommes de Marc-Antoine Charpentier autour du thème de la Vierge. J’ai longtemps écouté en boucle cette sélection gravée sur disque(1) et déjà interprétée lors de la première édition du festival Passions baroques à Montauban. Après l’"Ouverture pour l’église", je sursaute à l’écoute du «Veni Creator» dont la puissance dramatique des premières notes révèle l’exceptionnelle acoustique de l’église Saint-Pierre-des-Chartreux. La haute-contre Vincent Lièvre-Picard, le ténor Sébastien Obrecht et la basse Jean-Manuel Candenot sont les serviteurs poignants de ces pièces sacrées dont la douceur m’apaise irrésistiblement. Expurgée de la moindre fioriture, la direction du flûtiste Jean-Marc Andrieu privilégie l’épanouissement des voix dans leur plus belle expression. Cette recherche de simplicité dans l’exécution laisse toute sa place au génie mélodique de Charpentier et propulse les émotions vers une sensationnelle intelligibilité. Se succèdent «Beata est Maria», Litanies de la Vierge, «Laudate Dominum» et «Salve Regina», jusqu’au vertigineux «Magnificat». Écrit sur une seule et unique basse obstinée répétée 89 fois, ce «Magnificat» est un petit bijou musical se prolongeant durant près de neuf minutes. L’accueil du public est si chaleureux qu’une nouvelle interprétation de la fin du «Magnificat» est accordée en rappel.

(1) "Beata est Maria" (Ligia Digital, 2011)

 Les Passions © Jean-Jacques Ader

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