samedi 23 janvier 2016

Coïtus interruptus




















23 janvier 2016. Du CNSM de Paris à l’École nationale de ballet du Canada, en passant par la fameuse école PARTS (Performing Arts research and training Studios) à Bruxelles, Noé Soulier s’est formé au classique autant qu’à une approche contemporaine de la danse. Devenu chorégraphe, il s’affirme comme une véritable machine à déconstruire le mouvement. Dans la continuité de ses précédentes pièces présentées à Toulouse par le Centre de Développement chorégraphique - le solo "Mouvement sur mouvement" et "Corps de ballet" pour dix-sept danseurs -, "Removing" interroge la manière «dont on perçoit et dont on interprète les gestes». Cette création pour six interprètes est à l’affiche du CDC dont il est l’artiste associé. Également interprète, il signe là un nouvel objet insolite et invente un langage inédit à partir des codes de la danse classique et d’autres pratiques corporelles. Je lis dans un entretien réalisé par le Festival d’Automne à Paris : «Si un performeur attrape un verre d’eau, on ne va probablement pas observer la complexité des mouvements qu’exécutent sa main et son avant-bras, on va simplement remarquer qu’il attrape un verre. On a donc toujours cherché à retirer ce qui permettrait une identification immédiate du but pratique pour que l’attention soit dirigée vers le mouvement. En même temps, on essaie de préserver ce but pratique dans l’intention du danseur pour donner à voir les qualités motrices qu’il produit, d’où le titre "Removing"», explique le danseur et chorégraphe. Noé Soulier construit ses pièces à partir de gestes isolés de leur contexte et enchaînés jusqu’à produire une suite chorégraphique. "Removing" sollicite des ressources physiques extrêmement complexes à maîtriser : chaque action entreprise étant systématiquement délaissée au stade de sa préparation en cours, au profit d’une autre qui sera à son tour interrompue… À partir d’un langage aussi élaboré que novateur, je constate que Noé Soulier a l’intelligence de ne pas noyer pour autant le spectateur non averti dans son univers. D’un tir au but déclenché à quelques pas de claquettes esquissés, "Removing" regorge en effet de ces instants évocateurs pour chacun d’entre nous. S’appuyant également sur les techniques proches d’un Jiu-Jitsu pratiqué au Brésil, il chorégraphie un duo stupéfiant qui aurait pu tourner façon "Kama-Sutra pour les nuls". À la limite du flirt improbable, cette lutte sensuelle trouve, là encore, de magnifiques interprètes qui injectent l’élégance et l’humour appropriés. Je quitte Céline Nogueira pour rejoindre le Théâtre Garonne. Dans "Hunter", Meg Stuart est seule en scène au cœur d’une scénographie sophistiquée signée par Barbara Ehnes, où un univers sonore complexe croise de multiples images vidéo. La danseuse et chorégraphe américaine y convoque les voix d’artistes qui l’ont marquée et exhibe des films de famille. Je lis ces  propos dans un entretien : «Comme je ne voulais pas être entièrement seule sur scène, il a plusieurs voix. Des voix de personnes que je connais, mais aussi celles de William Burroughs, Alan Ginsberg, Yoko Ono… De nombreux extraits vocaux qui me parlent, ou parlent à travers moi. J’évoque également Trisha Brown, David Bowie, Laurie Anderson…». Lorsqu’elle s’attarde longuement sur son enfance, je note que Rodrigo García revenait lui aussi sur ses jeunes années dans "4", création présentée quelques jours auparavant sur le même plateau.

"Removing" © Chiara Valle Vallomini

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