mercredi 16 novembre 2011

Liberté, radicalité, fraternité

 















16 novembre 2011. Sur le chemin du Théâtre Garonne, je croise le rassemblement des quelques dizaines d'ultra catholiques contenus par les forces de l'ordre. Devant le théâtre, près des contre-manifestants de la Ligue des Droits de l'homme et autres organisations de gauche, je reconnais des militantes de l'association Bagdam Espace lesbien et des membres d'Act Up-Toulouse. Ayant réussi à traverser les deux barrages de policiers, une poignée de catholiques s'agenouille pour prier devant les barrières qui protègent le théâtre - «en réparations des offenses à NSJC», avais-je lu sur le site des organisateurs qui demandent l'annulation des représentations du spectacle de Rodrigo García. Ils sont aussitôt encerclés par quelques policiers, avant que des contre-manifestants entonnent l'Internationale autour d'eux. Je suis fouillé à l'entrée de la salle, puis, passé le vestiaire obligatoire, placé dans les premiers rangs avec d'autres invités connus des services du théâtre. Avec une demi-heure de retard, les acteurs de "Gólgota picnic" entrent sur le plateau. Je lis en surtitre : «16 novembre 2011 : j'ai honte de présenter une œuvre d'art protégée par des mesures de sécurité. Rodrigo García». L'auteur et metteur en scène espagnol signe un texte dont la beauté ne cesse de me bouleverser. Mais le rythme des surtitres est trop rapide pour que je puisse l'apprécier à sa juste valeur tout en suivant les élucubrations des acteurs. "Gólgota picnic" est un douloureux cri contre la violence qui ravage l'humanité, contre l'Eglise qui alimente la terreur avec des images de crucifixion commandées à des artistes, contre les États enchaînés au libéralisme sauvage… Les tableaux burlesques et provocateurs accusant la société de consommation nuisent parfois à la splendeur de cette plainte mélancolique. C'est un appel désespéré et désordonné adressé aux hommes pour ranimer la flamme de la fraternité. Quittant pour finir son uniforme de serveur de fast-food, le pianiste Marino Formenti interprète, nu, l’intégralité de la version pour piano des "Sept dernières paroles du Christ sur la croix", de Joseph Haydn. Dans le hall, Jean-Michel Ribes déclare à une caméra de France 3 : «Manifester contre ce spectacle est un blasphème à la République laïque»…

"Gólgota picnic" © David Ruano

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